Glozel : Un mystère au coeur de l’Auvergne

Bonjour les gens. L’article qui suit est un court résumé d’une affaire vachement complexe. Je me pencherais peut-être sur certains détails précis plus tard. En tout cas, il n’est pas exhaustif, et résume très rapidement le problème, sans soulever tout les problèmes qu’il pose. Parce que 1) y répondre prendrait des heures et des heures et 2) je suis incapable d’y répondre comme il faut, alors ca vaut pas le coup d’y passer des heures. Voila. Bonne lecture !

Il existe en France, un petit hameau nommé Glozel. Situé au beau milieu de la campagne auvergnate, il héberge moins de 10 habitants et… un mystère archéologique majeur. Si l’affaire semble aujourd’hui enterrée, elle eut une telle ampleur dans les années 30, que certains allèrent jusqu’a la comparer à l’affaire Dreyfus. Bien que relevant de l’archéologie, cette affaire passionna toute la population française, divisée entre ceux qui croyaient en Glozel, et ceux qui ne voulaient pas y croire. Aujourd’hui encore, le débat n’est pas encore réellement clôt, et certains se demande encore si Glozel ne cache pas encore quelques mystères…

Glozel-panneau-routier-2008

Panneau routier à proximité de Glozel (03)

L’Affaire de Glozel débute le 1er mars 1924 quand Emile Fradin, un jeune paysan laboure un champ avec son père. La vache s’arrête tout d’un coup de tirer la charrue. Emile constate que celle ci est prise dans un trou. Il se penche alors pour la libérer… et découvre une fosse aux parois de briques, dont le sol est fait de dalles d’argile. Dans cette cavité, ils trouvent des ossements humains, des instruments de pierre et d’os, ainsi que quelques morceaux de céramiques, voire des vases complets !

Le voisinage est rapidement mis au courant de cette surprenante découverte et s’empresse de fouiller lui aussi ce « Champ des Morts« . Le champ devient rapidement une attraction local, mais aucun spécialiste ne s’y intéressera de prime abord, si ce n’est Mlle Picandet, l’institutrice du village qui y emmène les enfants de l’école. La société d’Emulation du bourbonnais s’y intéresse ensuite quelque peu, tentant de s’octroyer la découverte, puis s’arrête, ne voyant pas en ce lieu un filon intéressant. L’engouement fini par disparaitre après quelques mois. Emile Fradin était prêt à remettre le champ en culture, lorsque Antonin Morlet, médecin à Vichy, a vent de l’histoire, et propose de financer lui même les fouilles. Mais des vrais fouilles, pas le travail d’amateur, fait a la pioche par la société d’Emulation qui brisa plusieurs tombes et potentiel découvertes.

Une équipe de fouilles examinant une brique

Une équipe de fouilles examinant une brique

Les fouilles débutent en 1925 et se terminèrent en 1936. Durant cette période, furent mis à jour de nouveaux objets comme des figurines d’os, des pierres gravées, des armes et surtout des tablettes d’argile inscrite de nombreuses écritures. C’est à cause de ces tablettes, principalement, que la controverse débuta. Lorsqu’Édouard Morlet publie, en 1926, son premier fascicule sur Glozel, il estime que le site date du Néolithique (9000-3300 av JC). Mais cette affirmation pose plusieurs problèmes, notamment à cause de la diversité des objets trouvés : Aucun objet ne semble venir de la même époque ! On trouve par exemple une pierre gravée d’un renne animal qui a disparu de cette région vers 10 000 av JC, au coté de tablettes recouverte d’écriture, alors que celle ci fut inventée vers 3300 av JC ! Pour Morlet, il n’existe qu’une seule explication : une civilisation a vécue là il y plus de 10000 ans, et était assez développée pour avoir inventé son propre alphabet. Mais alors, qu’est devenue cette civilisation ? Pourquoi n’en retrouve t’on aucune trace ? L’ampleur de cette découverte pourrait changer totalement notre vision de l’Histoire, si toutefois, il ne s’agissait pas de contrefaçons, comme certains l’affirment…

Quelques pièces mises à jour à Glozel

Quelques pièces mises à jour à Glozel

La communauté scientifique se divise très rapidement en deux camps : les glozéliens, partisans de Morlet et les anti-glozéliens, persuadés que les gisements sont des faux. Très rapidement, de nombreux archéologues vont se rendre au Champs des Morts pour étudier les découvertes. En 1927, une commission internationale s’y rend et conclut à la … « non-ancienneté de l’ensemble des documents découverts à Glozel ». A partir de ce moment là, l’affaire déchire l’opinion publique. Chacun semble avoir son opinion, et chacun défend un camp ou l’autre, comme ce fut le cas pour Dreyfus. La question donna lieu à des débats dans le monde entier, qui semblait se passionner pour ce petit hameau Auvergnat. Il fallait ajouter à cela une autre débat : les docteurs, pourvus de grades et de chaires universitaire « devaient t’il être maître de proclamer ou d’étouffer des vérités que des chercheurs sans bonnets ont mises au jour ? » (S.Reinach). Les démêlés judiciaires qui suivirent finirent d’enflammer les foules.

En effet, après la conclusion de la commission internationale, Dussaud, le conservateur du Musée du Louvre traite immédiatement Emile Fradin de faussaire. Cela a de quoi faire sourire : un éminent archéologue accusant un jeune paysan peu éduqué d’avoir lui-même réalisé plus de 3000 objets, en os, en céramique, avant de les cacher dans des tombes en brique dans son propre champ …

Emile Fradin au tribunal

Emile Fradin au tribunal

Emile Fradin ne se laisse pas faire, et attaque Dussaud en diffamation. Au même moment, le président de la Société préhistorique française dépose une plainte pour escroquerie. Il a payé les 4 francs pour visiter le musée établi dans la ferme, et estime avoir vu des faux. Une perquisition est alors mené a Glozel. Seulement, tout ne se passe pas comme prévu, et la police brise plusieurs des pièces et en saisit d’autres. Celles ci seront présentés à de nombreux experts. L’un, Bayle, conclut que les tablettes sont des contrefaçons récentes, et estiment que la boue trouvée sur certaines correspond à celle que l’on a trouvé dans le grenier de la famille Fradin. Seul son avis sera retenu pour le procès. Emile Fradin sera inculpé pour escroquerie mais bénéficiera d’un non lieu, lorsque l’on découvrira que Bayle, qui se prétendait docteur es science n’avait qu’une simple licence, et qu’il fit une énorme erreur dans une autre affaire, confondant matière fécale et sang!

Les démêlés judiciaires se terminent en 1932 lorsque Fradin gagne son procès en diffamation contre le conservateur du Louvre. En 1936, les fouilles sont arrêtées, et ne reprendrons qu’en 1983. En 1995, un rapport du Ministère de la Culture est rendu partiellement public. Il semble conclure que le site date de l’époque médiéval, et fut enrichi de contrefaçons. Mais cette théorie est cependant contestée. Comment expliquer que l’on retrouva en 1928, à plusieurs kilomètres de Glozel, une grotte contenant des objets similaires à ceux découvert dans le champ ?

Une des tablettes gravés de ce mystérieux alphabet

Une des tablettes gravés de ce mystérieux alphabet

Aujourd’hui, il n’y a pas d’explications qui fassent consensus, mais plutôt une foule de théories, certains plus extravagantes que d’autres. Les datations semblent situer les objets les plus anciens à environ 300 ans avant JC, c’est à dire a l’époque gauloise, et feraient de ce lieu une sorte de sanctuaire gaulois. Reste le problème des tablettes gravées. L’alphabet qui y est tracé n’est pas écrit au hasard : d’après les travaux de Salomon Reinach, il s’agirait d’un mélange d’alphabet ibérique, phéniciens, lybiques, celtes… cette alphabet ne correspond donc à aucun connu, ce qui semble déjouer la théorie d’une époque gauloise : pourquoi cet alphabet réunit t’il tant de cultures ? A quoi correspond t’il ? Et comment peut on expliquer les représentations de rennes, animaux qui n’existaient plus dans l’antiquité gauloise ?

Des sculptures trouvées à Glozel

Des sculptures trouvées à Glozel

Ce sont ces mystères qui ont permis l’émergence de plusieurs théories, plus ou moins crédibles :

– Pour certains, les objets trouvés seraient issues des réserves d’une sorcière, qui au fil de sa vie aurait amassé ces nombreuses trouvailles avant de les enterrer dans ce champ a l’abri des regards. Cette théorie s’appuie notamment sur le fait que les objets sont très variés. On ne trouve pas, par exemple de squelette complet, mais une multitude d’os datant de diverses époques, dans certaines tombes.

– Pour d’autres, il s’agirait d’un faux pur et simple, inventé dans un but vénal. Le fait que certaines tablettes soient des contrefaçons est un de leurs arguments. On peut imaginer que les découvreurs aient trouvé quelques objets, et aient ensuite décidés d’en créer d’autres de toute pièces, voyant en ces découvertes un marché fructueux. Bien évidemment, cette explication permettrait de résoudre tout le mystère mais n’explique pas les découvertes similaires faite sur d’autres sites, et surtout, cela n’explique pas l’alphabet glozélien. Celui-ci, si il n’est pas compréhensible, possède tout de même certaines caractéristiques qui sont trop complexes pour une simple escroquerie : par exemple, cet alphabet ne possède pas de lettre B, comme l’alphabet Ibérique.

– Enfin, certains croient en l’authenticité du site. Bien sur, le fait que certains objets furent contrefait est admis, mais pour eux, cela ne veut pas dire que l’ensemble des objets est faux. Il s’agirait d’objets ayant appartenus a une civilisation s’étant développée en Europe. Cette théorie remettrait en question notre vision de l’Histoire, notamment le fait que l’humanité s’est développée en Afrique avant de remonter vers le Nord. Cette idée fut malheureusement reprise par certains « savants » d’extrême-droite, trop heureux de trouver un indice, si futile soit il, pour affirmer la théorie d’une civilisation indo-européenne. Mais là encore, si le site est authentique, il y a des questions qui restent sans réponses : On ne trouve pas de tombes complètes, seulement des fragments de squelettes issus de différents époques. On ne trouve aucune trace d’habitation, de vie etc… Comme si la civilisation qui vivait là avait enterrée toute ses affaires avant de disparaitre dans le néant.

Le rapport du Ministère de la Culture donne une explication différente. Il s’agirait d’un lieu de culte médiéval, alimenté de contrefaçons modernes, mais comprenant des objets de diverses époques, déposés là par leurs découvreurs. Cependant, même dans ce cas, nous n’avons toujours pas d’explication quand à ce mystérieux alphabet.

Une tombe du Champs des Morts aujourd'hui

Une tombe du Champs des Morts aujourd’hui

Aujourd’hui, le mystère demeure. Les fouilles n’étant plus d’actualité, nous n’en saurons peut-être pas plus. L’affaire semble désormais enterrée. Pour ceux que cette histoire intéresse, la ferme des Fradin à Ferrières sur Sichon (03) sert aujourd’hui de musée, et il est possible de visiter le champ ou les découvertes fut réalisée, par pur hasard, un jour de mars 1924.

  • En savoir plus :

Les travaux de Salomon Reinach sur Gallica 

Le site du musée

Le site d’un gentil fou qui a une théorie plutôt drôle (et plutôt fausse)

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Une réflexion sur “Glozel : Un mystère au coeur de l’Auvergne

  1. Bonjour.

    J’ai réalisé un mémoire de fin de licence en archéologie sur l’histoire des découvertes de Glozel. Dans le cadre de ce travail, j’ai épluché les rapport que le dr Morlet publiait dans la presse – essentiellement le Mercure de France qui s’était fait la tribune du parti Glozélien. Et en épluchant les rapports, une sorte de motif est apparu : le dr Morlet venait fouiller le week-end à Glozel et inventorier les objets trouvés par Emile Fradin en son absence. Il dessinait les objets trouvés, établissait des hypothèses sur ceux-ci et envoyait le compte-rendu de ses trouvailles au Mercure de France. Lors des fouilles suivantes, il faisait d’autres trouvailles qui renforçait ses hypothèses.

    Ainsi au début y avait-il une fosse en brique de terre, des traces de calcination et de vitrification. Puis sont apparues des dalles en terres, des inscriptions qui iront en se complexifiant, des statuettes anthropomorphes, des petites statuettes humanoïdes, des têtes de harpon en pierre et des gravures de renne sur galet.

    Ces objets permettaient de faire la liaison entre le paléolithique (encore appelé l’âge du Renne dans les ouvrages de vulgarisation de l’époque) et les époques historiques : en 1928, il n’y a pas encore de méthode de datation absolue qui aurait permis de s’apercevoir du gap temporel entre la fin du paléo (environ 11 000 BC), le néolithique (5000 BC en Europe méridionale) et le développement de l’écriture phénicienne (apparaissant vers le 2e millénaire BC).

    Autre fait notable : le matériel correspond aux connaissances du grand public de l’époque. Ainsi, en 1909, J de Morgan invente le terme mésolithique pour décrire une industrie sur microlithe et une culture de chasseurs-cueilleurs qui s’est développée à la fin du Paléo, jusqu’à l’apparition des premières implantation néolithique. En 1928, une nécropole mésolithique commence à être fouillée en Bretagne. Mais en 1927, la notion de mésolithique est encore très confidentielle, même les archéologues français qui critiquent le site de Glozel n’en parlent pas. Et le matériel de Glozel, pourtant décrit comme témoignant d’une remarquable continuité du paléolithique à la protohistoire, ne présente aucune pièce pouvant être rattaché au mésolithique.

    Pour ce qui est de la question « comment se fait-il qu’on trouve une gravure de renne dans un site gaulois alors que l’animal avait disparu depuis longtemps ? » …Et bien il y a peut-être une explication toute bête : les ouvrages de vulgarisation :
    Voila un relevé d’une gravure Glozelienne : http://jean.dif.free.fr/Images/France/Glozel/RENNES.jpg
    Voici une gravure représentant un renne mâle : http://comps.canstockphoto.com/can-stock-photo_csp7040827.jpg

    Pavé César !

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