Game of Thrones et l’Histoire #2 : l’acier valyrien

Bonjour les gens. Comme je vous l’avais dit, voici le deuxième billet de la série « Game of Thrones et l’Histoire« . Vous pouvez retrouver ici le premier billet qui traitait de ces charmants animaux qui servent de compagnons aux Starks, les « direwolves ». Aujourd’hui, on va s’éloigner de la zoologie, pour parler de la ferronnerie. Si je vous dit Ice ou Longclaw, vous allez certainement penser aux épées d’Eddard Stark et Jon Snow, faites d’acier valyrien. Et vous auriez raison, puisque c’est le sujet du jour. Pas la peine de s’étendre, rentrons directement dans le vif du sujet !

jon snow regarde une épée

Longclaw, l’épée bâtarde de Jon Snow

  • #2) L’acier valyrien a t’il existé ?

A Westeros, posséder une épée en acier valyrien, c’est la classe absolue. C’est un acier inoxydable, qui reste constamment aiguisé, et pratiquement incassable. Ces épées sont d’une rareté incomparable, leurs lames seraient faites de feuilles d’aciers forgé ensemble, puis torsadé, donnant à la lame son aspect strié. Le secret de fabrication de cet acier s’est perdu lorsqu’un mystérieux Fléau a ravagé l’ancienne Valyria (si vous avez pensé à l’Atlantide, c’est normal). Aujourd’hui, plus personne ne sait le fabriquer, et bien peu savent le travailler (à Westeros). Il y a bien peu d’armes de ce métal dans ce monde, et c’est ballot, car il pourrait s’agir de l’acier-dragon, capable de tuer les Marcheurs Blancs.

Mais qu’en est il dans la vraie vie? Existe t’il un métal similaire ?

Oathkeeper, l'épée en acier valyrien de Brienne de Torth

Oathkeeper, l’épée en acier valyrien de Brienne de Torth

Je pense que l’on peut répondre Oui.

Il existe deux types d’acier très similaires qui pourraient y ressembler : le Wootz et le Damas de corroyage.

Le Wootz tout d’abord, anglicisation de ũc, un mot issu du marathi, une langue indienne. Apparu entre l’an 200 et 300 en Inde, il n’est plus vraiment fabriqué depuis 1750, et le secret de sa fabrication s’est progressivement perdu, avant d’être redécouvert en 1823… Supposé indestructible, on lui prêtait, au Moyen-âge, des propriétés magiques.

Cet acier était d’une très grande valeur puisqu’un roi indien estima que seulement 13 livres de cet acier (6kg environ) était un cadeau de valeur suffisante pour Alexandre le Grand. Si il fallait une autre preuve de la réputation de ce métal, on la trouve dans l’expression persane « donnez une réponse indienne » qui signifie « frapper un homme avec une lame en métal indien ». Ce métal, extrêmement robuste, présente aussi les mêmes caractéristiques apparentes que l’acier valyrien, c’est à dire des striures noires et blanches sur la lame. Certains disent même qu’il est indestructible. Evidemment, il ne reste pas aiguisé indéfiniment comme l’acier Valyrien, mais il garde cependant un tranchant aiguisé très longtemps.

Une dague faite à base de Wootz, aussi nommé acier de Damas

Une dague faite à base de Wootz, aussi nommé acier de Damas (forgée

Les caractéristiques exceptionnelles du Wootz tiennent à la composition du fer à partir duquel il était forgé. Extrait de filons de fer présent en Inde du Sud, le métal contenait notamment du Vanadium, un métal rare, solide et néanmoins malléable. Une concentration de 0.003% suffisait a concentrer le métal en feuillet, la principale caractéristique du Wootz. Il faut ajouter au Vanadium, la présence de nombreux autres matériaux aux noms barbares : chrome, manganèse, molybdène…  Malheureusement, ces filons étaient extrêmement rares, et ils finirent pas s’épuiser en Inde, vers le milieu du XVIIIe siècle, ce qui causa certainement la fin de la fabrication de ces lames.

Comme personne ne connaissait le vanadium, qui ne fut isolé qu’au XIXe siècle, tout les forgerons s’étonnèrent d’être devenus incapables de forger des lames en Wootz, lames dont le procédé de fabrication était déjà assez compliqué comme ça. Pour preuve, un extrait du « Dictionnaire des arts et manufactures », qui explique en détail, ce procédé. Je vous le met en lien parce que c’est quand même assez pointu.

Donc, en soi, le procédé permettant de faire de l’acier Wootz existe toujours, mais le minerai nécessaire n’existe plus. Presque comme l’acier valyrien, puisque personne ne sait comment le fabriquer.

Cette acier étant exclusivement forgé au Moyen-Orient, il est aussi nommé acier de Damas. Mais il ne faut pas confondre l’acier de Damas avec le Damas de corroyage, une autre forme d’acier qui présente l’apparence du Wootz, mais qui n’a pas les mêmes caractéristiques. Si vous confondez les deux, vous pourriez vous faire taper sur les doigts par un forgeron, ce qui équivaudrait certainement à perdre votre bras.

Une lame en Damas moderne avec des motifs plutôt classe

Une lame en Damas moderne avec des motifs plutôt classe

Le Damas de corroyage donc, est simplement une façon différente de forger l’acier. Plusieurs couches d’acier ou de métal composite sont martelées ensemble, et leur superposition donne au métal ses motifs semblables à des vagues. Mais, ce métal ne présente pas les exceptionnelles qualités du Wootz, puisqu’il peut être forgé sans utiliser le fameux vanadium. Son seul intérêt est esthétique.

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Une lame en Damas moderne

Les motifs de la lame peuvent être aléatoires, mais le forgeron peut aussi décider lui même de ces motifs, en déformant l’acier, ou en imprimant sur l’acier les différents motifs à l’aide d’un tampon. Cette technique de forge est bien plus ancienne. Elle est apparue au début de l’âge du fer (vers 2000 av. JC, certainement) et s’est beaucoup répandue. Chez les Vikings, notamment, même si on trouve cela partout dans le monde, même au Japon. Lorsque que le Wootz est arrivé en Europe, les forgerons essayèrent de copier ce métal, et ce par le biais du Damas corroyé. Si le résultat était d’apparence similaire, le métal était bien moins robuste, et ne présentait aucune des caractéristiques qui faisait la valeur de l’acier de Damas. Une contrefaçon médiéval en quelque sorte.

Ce métal est encore forgé aujourd’hui, et, à mon avis, il est fort probable que les lames en acier valyrien de la série soient faites ainsi. J’en veux pour preuve cette vidéo qui vaut le coup d’oeil sur la fabrication d’une copie de l’épée de Jon Snow :

En conclusion, l’acier valyrien a quasiment existé depuis le IIe siècle, mais a aussi quasiment disparu depuis le XVIIIe. Il ne fait aucun doute que George R.R. Martin connaissait très bien cette histoire et qu’il s’en est inspiré. Du coup, si vous voulez frimer avec une épée en acier valyrien, c’est possible. Mais c’est très con, parce qu’un épée ça sert pas a grand chose de nos jours. Toujours est-il que vous en trouverez ici (Je suis pas responsable si vous égorgez votre chien)

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4 réflexions sur “Game of Thrones et l’Histoire #2 : l’acier valyrien

  1. Pingback: Game of Thrones et l’Histoire #3 : le Mur | Les Histoires de Didymus

  2. …Si on se réfère à la saison 3, les épées, y compris celles en acier valyriens, sont… coulées.
    Si si. Glace est tout simplement fondue pour couler deux autres épées, Féale que Jaime offre à Brienne et le cadeau de noce de papy Tywin à Jeffrey. C’est une aberration.

    • Oui, mais le livre laisse penser qu’il y a eu un travail sur l’épée, donc je me suis référé au livre. Et même si cette scène est une aberration d’un point de vue technique, je la trouve superbe tout de même 😀

  3. De mon humble connaissance de la métallurgie et de la forge, le damas de corroyage n’a pas que des atouts esthétiques: l’idée est avant tout de mélanger plusieurs aciers aux qualités différentes pour combler les défauts d’autres métaux . Ainsi on peut assembler un acier au carbone à la dureté et au tranchant incomparable mais cassant et rouillant facilement avec un acier plus mou, un alliage de nickel, de chrome ou autre pour que la lame reste souple et résiste mieux à la rouille. C’est le principe du sabre japonnais: qui fait parti des meilleurs lames du monde… Mais l’assemblage des feuilles se fait en ‘sandwich’: le cœur et le tranchant est fait d’un acier carbone alors que diverses couches d’acier plus souple et inoxydable le recouvrent pour rendre la lame durable. Ainsi on retrouve un motif de vagues mais seulement sur les flancs de la lame.
    Pour le damas de corroyage classique les motifs sont révélés avec un acide qui attaque plus ou moins les alliages en fonction de leur quantité de fer, ainsi une gravure naturelle se forme: c’est assez fantastique. Et ceci se retrouve sur toute la lame contrairement au sabre japonais.

    Dans le bouquin, il est bien dit que l’acier Valyrien est fait par corroyage. Or en effet comme dit plus haut il est impossible de couler cet acier pour en faire de nouvelles épées: il est possible de retailler une lame dans sa masse pour lui donner une autre forme ou fabriquer de plus petits objets mais la fonte mélange définitivement les alliages et détruit le travail de corroyage. Cela doit donner un acier non homogène bon pour la poubelle.
    Ce serait possible avec le wootz, bien que le processus semble long et complexe. Des chercheurs ont découvert il n’y a pas si longtemps que le wootz tient sa dureté de la présence de nanotubes de carbone qui se forment naturellement pendant les longues étapes refroidissement l’alliage…

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