Mars 1907: l’âme aurait-elle un poids ?

Avez vous vu l’épisode 4 de la saison 7 des Simpsons, « Bart vend son âme » ? Dans cet épisode, Bart soutient à Milhouse que l’âme n’est qu’une invention, et décide de lui vendre la sienne 5$ afin de le lui prouver. Mais tout ne se passe pas comme prévu, puisque Bart semble désormais victime d’une poisse phénoménale et souhaite récupérer son âme. Pourquoi je vous parle de ça ? Parce qu’aujourd’hui, on va parler de l’âme. J’aurais pu citer Aristote, ce qui aurait fait nettement plus cultivé, mais j’aime beaucoup plus les Simpsons que Aristote.

L’âme est un sujet complexe, que l’on retrouve dans presque toute les religions, et qui est illustré de différente manière selon les cultures. Elle représente l’ensemble des fonctions psychiques de l’homme, mais aussi la part de bien qui est en chacun de nous, ou simplement la vie. La question de l’existence de l’âme a animé de nombreux débats, entre sceptiques et croyants. Débats philosophiques, mais aussi scientifique. Si l’âme existe, où se cache t’elle, a t’elle une existence physique ? C’est à cette question qu’a voulu répondre en 1907, le docteur Duncan MacDougall. Et c’est son expérience que nous allons voir aujourd’hui.

Article du New York Times, le 10 Mars 1907

Article du New York Times, le 10 Mars 1907

Nous sommes en 1907, à l’hôpital d’Haverhill dans le Massachussetts (qui dit Massachussetts dit petite musique d’ambiance). Le docteur Duncan MacDougall, chirurgien dans l’établissement s’apprête à mener une expérience jusque là unique, consistant à prouver scientifiquement l’existence de l’âme… Cette expérience servira à confirmer les 3 hypothèses que le docteur a émis : l’âme humaine existe et est lié au corps jusqu’à la mort, l’âme occupe une place quelque part dans le corps humain, et l’âme quitte le corps humaine au moment de la mort.

Pour mettre à l’épreuve ses hypothèses, il a prévu un protocole expérimental relativement simple : 6 patients proches de la mort seront allongés sur des lits reliés à une balance, permettant de mesurer la variation de poids du patient. Mais il y a une première difficulté : cette variation de poids ne doit pas être causée par une déjection venant du patient, ni à cause de leurs mouvements. Pour éviter cela, les déjections (urines, excréments) resteront… sur le lit, avec le patient. On a vu plus chouette comme dernières heures. Mais les patients ne sont plaindront pas, puisque pour éviter tout mouvement, MacDougall leur injecte un sédatif puissant. Après avoir vérifié qu’une forte expiration ou inspiration ne créait pas une réelle variation du poids, l’expérience peut commencée. Elle sera menée en deux temps : une première fois avec 6 patients, 5 hommes et une femme, et une seconde fois avec 15 chiens.

6 morts plus tard, les résultats peuvent être exploités. Enfin, pas tous. Des opposants à l’expérience ont rendu les résultats de l’une inutilisable, et une autre mesure a été bâclée, peut-être à cause de l’imminence de la mort. Il ne reste que 4 résultats pour les humains, autant dire que ce n’est pas beaucoup. Voici ses observations : les 4 personnes ont perdu une certaine masse au moment de la mort. La perte de cette masse s’est parfois faite de façon soudaine, ou continue, mais elle a toujours été relevée. Cette masse n’était pas la même selon les personnes, mais la postérité retiendra le premier résultat : 21g. En vérité, c’était 21.26g, et les autres mesures étaient 45.76g, 70.87g, et 10.63g. Chez les chiens, aucune variation de poids ne sera notée.

Le scientifique tirera de ces résultats une conclusion qui paraitra dans le New-York Times le 10 mars 1907 : l’âme existe et a un poids (Soul has weight).

Article du NY Times du 10 mars 1907

Article du NY Times du 10 mars 1907

Les conclusions de MacDougall sont en fait plus poussée que ça : lorsque l’un être humain meurt, une perte de poids est mesurable, et ne semble pas explicable par la perte d’une substance connue.  Cette perte ne se retrouve pas chez les animaux, ce qui est normal puisque les animaux ne sont pas censés avoir une âme. Il réitérera ses conclusions dans la revue American Medicine, ou il affirmera avoir apportée la preuve de l’existence de l’âme, grâce à cette expérience…

L'article du NY Times sur la mort de MacDougall : "Il avait pesé l'âme humaine"

L’article du NY Times sur la mort de MacDougall : « Il avait pesé l’âme humaine »

Alors, aurions nous une âme, quelque part dans notre corps ? L’expérience semble le dire. Malgré son caractère exceptionnel, la nouvelle ne fera pas tant de bruit. C’est lorsque le docteur mourut le 15 octobre 1920, et que le New York Times lui consacra un nouvel article, que l’ont redécouvrit cette expérience et que la « Théorie des 21 grammes » se répandit. Un seul scientifique opposera quelques arguments à son encontre, le Dr Karl.

Mais un mensonge a le temps de faire tour du monde avant que la vérité ne mette ses bottes (Pratchett RPZ !) et 107 ans plus tard, on en parle encore. Dans le Symbole Perdu de Dan Brown, une expérience similaire est menée par Katherine Solomon, et apporte une conclusion presque identique.

Sauf que l’on ne peut pas croire n’importe quelle expérience sous n’importe quel prétexte. Cette théorie des 21 grammes est certes très séduisante par son aspect étrange, mais souffre d’immenses défauts, qui la réduise à néant. Au hasard : le faible nombre de patients, le matériel peu précis parce qu’on était quand même en 1907, et la manière de déterminer le moment exact du décès. En auscultant le patient pour vérifier que le coeur était arrêté, ne risque t’on pas de faire varier la balance avec (au moins) le poids du stétoscope?

Et surtout, lorsqu’on se penche un peu sur les conclusions, on se rend compte que MacDougall n’a absolument pas prouvé l’existence de l’âme, comme il l’affirme. Ses résultats sont biaisés par ses propres hypothèses de départ : il souhaitait prouver que l’âme existait, qu’elle avait un poids propre et qu’elle quittait le corps au moment de la mort. Lorsque ses résultats ont mis en avant une perte de poids légère au moment de la mort, il a conclu que cette perte de poids correspondait au départ de l’âme pour l’au-delà… Sauf que non. Rien ne prouve que c’était l’âme, et pas quelque chose de tout autre. Mais puisqu’il tenait à prouver que l’âme existait il a décrété que c’était l’âme. Et c’est très con. Parce que déja, cela décrédibilise complètement son expérience, et ensuite parce que cette perte soudaine, analysé sous un angle objectif et non biaisé, aurait pu permette à MacDougall de faire avancer la recherche sur la décomposition des corps… Au lieu de cela, il gardera pour la postérité l’image d’un dingue un peu malhonnête…

Puisque l’on est en train de parler des défauts de l’expérience, il y a aussi un défaut dans sa conception de l’âme. Pour lui, l’âme rejoint le ciel, car il s’appuie sur la Bible étant chrétien. De la Bible, il déduira aussi que l’absence de résultats pour les chiens est normal car les animaux n’ont pas d’âme. Cela permet au passage d’affirmer la supériorité de la race humaine. Mais l’âme n’a pas toujours rejoint le ciel. Les âmes des grecs antiques rejoignaient Hadès aux enfers, les Hindous se réincarnent etc… Donc, les résultats sont inexploitables car totalement influencés par des croyances religieuses, qui n’ont rien à faire dans des conclusions scientifiques. Mais malgré tout, cette théorie reste très en vogue un peu partout sur le net, ou dans des romans assez « orientés ». Maintenant, si quelqu’un vous en parle un jour, vous saurez quoi répondre.

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