Comment le 14 Juillet est il devenu fête national ?

Demain, nous serons le 14 Juillet. En ce jour de fête nationale, des militaires défileront sur les Champs-Elysées, des feux d’artifices seront tirés, et des discours seront prononcés. Sur la fierté nationale, sur la liberté, sur la Première Guerre Mondiale aussi, dont on commémore le centenaire. De chaque coté de l’échiquier politique, on aura quelque chose à dire à propos du 14 Juillet. On parlera de cette Bastille qui tomba il y à 225 ans de cela, vides d’hommes mais pas de sens. On parlera de souveraineté nationale, de Révolution Française. On oubliera la Terreur et son cortège de guillotinés, on oubliera une autre révolution, moins glorieuse et plus sanglante, qui se finit contre un mur du Père-Lachaise. On criera notre amour pour la liberté, l’égalité et la fraternité, et puis on ira briser ces idéaux dans les urnes en votant Front National.

Je me rends compte que je commence ce billet de façon super pessimiste, et qu’en plus je me suis carrément éloigné de mon idée de départ qui était : Non, le 14 Juillet ne commémore pas la prise de la Bastille. Enfin, pas seulement la prise de la Bastille. Aujourd’hui, nous allons donc parler de comment le 14 juillet est devenu notre fête nationale.

 Feu d'artifice 14 juillet

Je ne sais pas exactement ou je devrais commencer à raconter l’histoire de notre fête nationale. Parce que le problème du 14 Juillet, c’est qu’il a été instauré au tout début de la IIIe république, au moment le plus bordélique de notre histoire.

La IIIe République commence en 1870, après le désastre de Sedan, le 4 septembre. C’est en tout cas le jour où elle est proclamée, mais elle mettra un bout de temps à se mettre en place, puisqu’il faut d’abord finir la guerre contre la Prusse. Elle se finira mal, la France est vaincue en 1871, le gouvernement est obligé d’accepter les termes de paix prussiens qui comprennent notamment une indemnité de 5 milliards de francs-or. C’est juste énorme. Ajouter à cela l’humiliation de la défaite, et vous obtenez un contexte propice à une révolte. Cette révolte aura lieu, elle se nommera la Commune. On en parlera un autre jour, par contre. Une fois la Commune maté dans le sang, la France retrouve un semblant de calme. Le lancement d’une campagne nationale d’emprunt permet de payer l’indemnité, et l’armée prussienne rentre chez elle en 1873.

Entre-temps, Adolphe Thiers est nommé Chef du Pouvoir exécutif, puis Président de la République, par la loi Rivet du 31 Aout 1871. Mais à ce moment, la IIIe république n’est pas encore établie, puisque les monarchistes sont majoritaires à l’Assemblée, et qu’il n’y a pas de Constitution. Pire, le 24 Mai, un royaliste, Mac Mahon est élu après la démission de Thiers. Mais la Restauration n’aura pas lieu, pour une histoire de drapeau. Je vous raconterais ça un autre jour. En 1874, commencent les travaux sur la Constitution. Le 30 Janvier 1875,  l’amendement Wallon est voté à une voix près : cet amendement établit la République puisqu’il établit la fonction de président de façon impersonnelle. Le président n’est plus un homme, mais une fonction qu’un homme de contente d’accomplir. A la suite, les 3 lois constitutionnelles qui formeront la Constitution de la IIIe République sont votées.

En 1877, suite à un conflit avec l’Assemblée, Mac Mahon démissionne, et Jules Grévy est élu à sa place. Un républicain gouverne enfin la République. Il faut désormais consolider le régime. Et pour ça, il faut des symboles. Républicains, si possible. Cette quête de symboles commence le 14 Février 1879, lorsque la Marseillaise est choisie comme hymne nationale officielle. Elle se poursuit avec le choix d’une fête nationale. Mais les députés ne sont pas tous d’accord sur la date…

  •  Pourquoi le 14 juillet ?

Si je vous disait 14 Juillet, vous me répondriez surement « Prise de la Bastille » où « Ta gueule connard, arrête de me crier dans les oreilles ». Et vous auriez raison (dans les deux cas). Le 14 Juillet 1789, le peuple qui menaçait de se soulever depuis le renvoi de Necker le 11, a pris les armes pour aller à la Bastille chercher de la poudre. Le prise de la Bastille est importante symboliquement. En soi, les révolutionnaires n’ont libérés que 7 prisonniers, mais cette prison était un symbole. Ancienne forteresse convertie en prison par Richelieu, les prisonniers y étaient enfermés sans jugement : une simple lettre de cachet suffisait. Alors forcément, foutre le feu à un des symboles du pouvoir absolu, ça défoule. Mais en plus, cette date représente le premier acte politique du peuple français. Pour la première fois, le peuple a agi par lui même, souverainement, et politiquement. Des révoltes, il y en avait déjà eu, à petite échelle. Par exemple lorsque la nourriture vient à manquer, le peuple prend les armes. Mais dans ce cas, pour citer Pratchett*, « ce n’est pas une révolution ou une émeute. C’est une foule paniquée et effrayée »**. Le 14 Juillet 1789, il s’agissait d’une révolution. Une Révolution qui a renversé l’absolutisme, et permit un gouvernement avisée, agissant en bon intelligence avec le peuple.

Non, je déconne ! Y’a eu une monarchie, puis une Constitution super démocratique qui n’a en fait jamais été appliquée, puis la Terreur, puis la Convention, régime conservateur qui ne durera pas, avant d’être remplacé par l’Empire, puis par la Restauration, puis la monarchie de Juillet, puis la IIe république, qui se transforma en moins de 4 ans en Second Empire, avant d’arriver à une république, une vraie. Ouais, c’est long, compliqué et sanglant. Mais il n’empêche que le 14 Juillet est un jour mémorable. Même si il a fallu près de 100 ans pour que les revendications de cette foule devienne réalité.

La prise de la Bastille par le peintre Lallemand

La prise de la Bastille par le peintre Lallemand

Bref, en tant que symbole de la chute de la monarchie (ou presque), la prise de la Bastille aurait pu s’imposer comme date idéale pour une fête nationale. Mais des députés y étaient opposés, au motif qu’un évènement aussi sanglant n’était pas forcément la meilleure des idées pour démarrer sur de bonnes bases. Alors, le député Benjamin Raspail propose de commémorer un autre 14 Juillet, celui de 1790…

  • La fête de la Fédération

Le 14 Juillet 1790 est un évènement qui aurait pu être majeur dans notre histoire si les choses n’avaient pas tournée autrement. Je m’explique.

Le 30 mai 1790, la ville de Lyon décide de célébrer une fête de la Fédération, en réunissant des gardes nationaux  et des députés pour prêter un serment à la nouvelle Constitution du royaume. Et pour ensuite se mettre une caisse (j’extrapole un peu, mais je dois pas être loin de la réalité).

Cette idée est un succès, et l’idée se répand jusqu’à Paris, où La Fayette décide d’organiser une fête similaire pour célébrer l’anniversaire de la prise de la Bastille et donc le début de la Révolution. Pour cela, il lance de grands travaux pour rénover le champ de Mars, et fait appel au peuple pour aider. Belle idée. Le peuple viendra en masse, et même Louis XVI viendra aider (un peu), en donnant un coup de pioche symbolique, le 1er juillet 1790. Ca fait gagner des points dans les sondages, ça.

Après 2 semaines de travaux, le 14 Juillet 1790, Une foule venue de toute la France, des trois ordres réunis, vint en masse pour célébrer la Fédération. Marchant côte à côte dans les rues, au son de chants révolutionnaires, le peuple se dirigea vers le Champ de Mars. Là, une messe fut donnée, un serment solennel à la Constitution fut prêter par les membres du gouvernement, l’assemblée, puis Louis XVI, et même Marie-Antoinette ! La foule repris en cœur ce serment, acclamant le roi et l’assemblée. Ce jour là, la France était réconciliée de la Révolution.

La Fayette prêtant serment

La Fayette prêtant serment

Et cet évènement aurait pu être un évènement majeur, si les choses n’avaient pas ensuite dégénéré. Une telle fête aurait pu être le symbole d’un Etat réunifié, devenu monarchie constitutionnelle après avoir écouté la demande du peuple. Seulement, Louis XVI ne voulait pas d’un trône sans pouvoir, et à préféré jouer au con. La fête de la Fédération est donc un évènement mineur, et on préfère parler de la prise de la Bastille…

Mais le 29 juin 1880, quand le Sénat a voté la loi établissant le 14 juillet comme fête nationale, le motif de cette date était la fête de la Fédération, et non la prise de la Bastille. La Bastille fut seulement mentionnée. Trop sanglante, une telle date pouvait risquer de diviser une opinion publique déjà fragile. Au final, une telle date convenait à tout le monde, puisque si l’on ne voulait pas entendre parler de fête de la Fédération, il suffisait de se rappeler du 14 Juillet 1789.

* Je cite toujours Pratchett, dès que j’en ai l’occasion. Faudra vous habituer.

** Cette phrase est issue de Night Watch, 28e tome des Annales du Disque Monde. Un livre qui parle de révolution, de voyage dans le temps, et qui est certainement le meilleur de Pratchett.

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