Tusko, l’éléphant sous LSD

Tiens, et si on parlait de science ? Ce qui est marrant avec la science, plus que les découvertes, ce sont les expériences.  Milgram, Stanford, Philadelphie, Stargate, autant d’expériences oscillant entre le génie et la folie qui sont aujourd’hui devenues célèbres. Mais il y a aussi eu des expérience complètements inutiles. Vraiment très inutile. Je veux dire, le Projet Stargate, que je vous raconterais peut-être une autre fois, était passablement stupide, mais aurait pu avoir une utilité. Mais aujourd’hui, on va parler de grand n’importe quoi. Vous vous êtes déjà demandé ce qu’il se passait si un éléphant prenait du LSD ? Apparemment, des chercheurs de l’Université de l’Oklahoma se sont posés la question.

L'éléphant Tusko

  •  Deux psychiatres de renom pour une expérience à la con
Louis Jolyon West

Louis Jolyon West

Les deux héros de notre histoire se nomment Louis Jolyon West et Chester Pierce, et je me dois de vous les présenter. Pas parce qu’ils sont extraordinaires, mais plutôt parce qu’on pourrait penser qu’il s’agit d’imbéciles. Détrompez-vous. Ces deux messieurs sont loin d’être bêtes. Jolyon, par exemple, fut le plus jeune titulaire d’une chaire de psychiatrie (aux USA) à l’âge de 29 ans. Spécialiste de la manipulation mentale, il a beaucoup étudié les sectes, notamment la scientologie. Ayant rencontré Hubbard, le créateur de la Scientologie, il a beaucoup écrit à ce sujet. Un jour, alors qu’un colloque sur les sectes était menacé par la pression des scientologues, il ne céda pas aux pressions et déclara : « J’ai dit à mes collègues qu’ils devaient savoir que je considère la scientologie comme une secte et L. Ron Hubbard comme un escroc et un imposteur. Je n’allais pas les laisser m’intimider« .  Il s’est aussi beaucoup engagé contre l’Apartheid ou la peine de mort. Alors, un idiot ? Pas vraiment, non.

Son collègue aussi se défend bien. Chester Pierce, basketteur de talent, fut le premier afro-américain à occuper le poste un poste de professeur de médecine à plein temps. Et ce, dans le Massachussetts General Hospital, à coté de Boston. Un professeur noir. A Boston. J’ai besoin d’aller plus loin ? (Je dis ça, sans jamais être allé à Boston. Si ça se trouve, ce n’est pas si raciste. Mais Internet ne plaide pas en sa faveur). Si il faut aller plus loin, sachez qu’il a beaucoup travaillé sur le sport et la culture. Et moi j’aime beaucoup le sport, donc j’aime bien ce type. CQFD.

Le 3e homme s’appelle Warren Thomas. C’est un directeur de zoo. C’est tout. Alors, à la limite, peut-être que lui était un peu idiot. Enfin, il y avait Tusko. C’était un éléphant indien de 14 ans. C’est un peu tombé sur lui par hasard, je crois.

  •  Donner du LSD à un éléphant ? Ok. Mais pourquoi ?

Ces deux psychiatres sont donc des éminents spécialistes. Qu’est ce qui leur a pris d’injecter du LSD à un éléphant ? Certaines mauvaise langues disent qu’ils l’ont fait « pour voir ». Comme si deux médecins allaient mettre en jeu leur réputation pour le fun, pour voir un éléphant se prendre pour un papillon. Non, leur idée est d’arriver à recréer expérimentalement le « musth« .

elephant musth

Un éléphant sécrétant de la frontaline en période de musth

Le musth est un état des éléphants mâles qui revient de façon périodique. Durant cet état, qui dure environ 2 semaines, l’éléphant va secréter de la frontaline, une substance gluante et assez mystérieuse puisque personne n’en a prélevé. Oui, parce qu’en période de musth, l’éléphant est EXTREMEMENT agressif. Il fonce sur les autres éléphants, mais aussi sur les girafes, les hommes, ou les arbres. Cet état est causé par une fluctuation hormonale mais ne semble pas avoir de rapport avec la reproduction. Si cela intéresse les psychiatres, c’est parce que l’éléphant est un animal intelligent, « sociable », qui vit vieux et qui présente donc un certain intérêt pour la psychiatrie comparée. L’idée des deux psychiatres est de comprendre ce qui se passe dans le cerveau de cet éléphant en période de musth. Pour cela, ils veulent lui injecter du LSD, et voir si la perturbation occasionnée ressemble au musth.

Avant de parler de l’expérience, une petite parenthèse sur le LSD

  • Le LSD, cet enfant terrible

Le diéthylamide de l’acide lysergique, aussi appelée LSD, a été extrait pour la première fois en 1938, par le Dr Hoffmann. Ayant constaté que celui-ci causait des réactions bizarres sur des animaux, il ne trouva cependant aucune application médicale au LSD, et préféra abandonner ses travaux. 5 ans plus tard, il décide d’en produire à nouveau. Alors qu’il travaille à l’extraction du LSD de l’ergot de seigle, il décide de tester la substance sur un cobaye. Ce cobaye, ce sera lui. Il commis l’erreur d’en absorber 0.25mg. Vous vous dites que ce n’est rien, mais c’est en réalité énorme. Il suffit de 0.1mg pour causer des hallucinations pendant plusieurs heures. Il relate son expérience psychédélique dans son livre « LSD, mon enfant terrible« , et ca fout les jetons. Il retentera ensuite en diminuant les doses. Conscient d’avoir là une découverte d’importance, il dépose avec son collègue Arthur Stoll, un brevet pour cette molécule. L’idée est d’utiliser cette substance pour guérir certains troubles mentaux. Son usage dérivera beaucoup par la suite.

Mais les substances hallucinogènes ne sont pas nées avec le LSD, elles étaient connues depuis longtemps. Le psilocybe, par exemple, le fameux champignon, était connu depuis des temps ancestraux et était utilisé par les chamanes pour des expériences mystiques. Il en va de même pour l’ergot de seigle, un champignon qui se retrouve parfois dans la farine et donc dans le pain, et qui est à l’origine de faits divers tel que celui survenu à Pont-Saint Esprit en 1951. Enfin, la belladone, la plante des sorcières, était très utilisée au Moyen Age lors des Sabbats.

En 1962, année de l’expérience, on connaissait très bien les effets du LSD, et son usage récréatif était déjà répandu. Cependant, dans leur compte rendu, les deux scientifiques précisent qu’on a jamais vu de décès causés par le LSD, et que l’expérience sera donc sans danger. Effectivement, le LSD n’est pas biologiquement toxique*. Ils estiment donc pouvoir le tester en sécurité sur un éléphant, qui est un animal autrement plus résistant qu’un homme.

  • 2 aout 1962 : l’expérience ratée

LSD tusko elephant mort deathLe 2 aout 1962, Jolyon et Pierce se rendent au Zoo d’Oklahoma pour leur expérience. Ils décident d’injecter environ 0.1mg/kilo à l’éléphant, qui pesait environ 3000kg soit 297mg. Avant cela, il lui injecte une grande quantité de pénicilline pour le protéger de toute infection. Puis les injections de LSD commencent, à l’aide d’un fusil à seringue. Ben oui, on parle d’une bestiole de 3 tonnes qui risque de devenir un peu folle. La première injection n’est pas si terrible que ça. L’éléphant s’excita quelque peu pendant 2 à 3 minutes, avant de se calmer et de retrouver un comportement normal. Peu concluant, on réessayera demain. Le lendemain, à 8h, une seconde injection est réalisée. Durant les 3 premières minutes, il réagit exactement comme la veille. Puis, il commença à avoir quelque problème de coordination et d’équilibre. Au bout de 5 min, après avoir barrit du plus fort qu’il pouvait, l’éléphant s’effondre. Inquiet, les médecins s’approchèrent. Le mastodonte, couché par terre, respirait difficilement, toute langue dehors. Langue qui avait d’ailleurs une « jolie » couleur bleue. Au bout de 20min, on décide d’injecter de l’hydrochloride au pachyderme. La respiration reprit lentement, puis d’arrêta à  nouveau. Après 1h40 d’agonie, Tusko l’éléphant indien expira. Apparemment, le LSD ne déclenchait pas le musth… La seule conclusion de cette expérience fut que les éléphants s’avèrent TRÈS sensibles au LSD, et qu’on peut imaginer qu’il soit possible de tuer un homme avec. Je ne suis pas sûr qu’il valait le coup de tuer un des douze éléphants présents en Amérique, juste pour ça. Haaa les joies de la psychologie expérimental…

*Si le LSD n’est pas toxique, les plantes duquel il est extrait le sont : la belladone était un poison utilisé par les romains, (notamment par Locuste, je vous parlerais d’elle un jour) et les sorcières, conscientes de sa dangerosité trouvait un autre moyen que de l’ingérer pour le faire agir. L’ergot de seigle, si il n’est pas forcément mortel, était utilisé par les femmes pour avorter, il y a quelque siècles. Quand on vous dit que la drogue c’est mal…

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Une réflexion sur “Tusko, l’éléphant sous LSD

  1. « *Si le LSD n’est pas toxique, les plantes duquel il est extrait le sont : la belladone était un poison utilisé par les romains, (notamment par Locuste, je vous parlerais d’elle un jour) et les sorcières, conscientes de sa dangerosité trouvait un autre moyen que de l’ingérer pour le faire agir. »

    >> Le LSD25 n’est pas extrait par la Belladone, mais par l’ergot de seigle.

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